Pionnier Élie Carpentier, New Denver

Élie Carpentier serait né aux alentours de 1836, mais personne ne sait exactement l’âge qu’il avait, pas même ses amis. Ce n’est pas le seul mystère qui gravite autour de lui. Il est impossible de retrouver une photo d’Élie et une fausse rumeur le fit apparemment mourir 20 ans trop tôt, ce qui fit passer sa vraie mort incognito. Son lieu de naissance est aussi controversé. Il aurait grandi dans le nord de la France à Saint-Omer avec le célèbre Blondin qui, à une certaine époque, a visité l’Amérique et étonné le monde entier en franchissant, sur un câble tendu, le gouffre du Niagara.

Élie CarpentierIl travailla pendant des années en tant que funambule pour le cirque Barnum pour lequel il fit des tournées en France et surtout aux États-Unis. Une fois à New Haven, il fit une prestation en marchant sur un fil à une hauteur de 5 étages avec sa femme sur ses épaules. En 1880, Carpentier décida de renoncer au cirque et de chercher fortune dans les mines, laissant ainsi sa femme vivre avec sa sœur à New Hampshire.

Pour les six années qui suivirent, il envoya à sa femme 2000 dollars. Ils étaient profondément en amour, mais la distance était probablement trop dure pour elle. Un jour une lettre de sa sœur lui annonça que sa femme allait devenir mère sous peu. Il fut profondément blessé comme l’enfant n’était, de toute évidence, pas le sien. Il abandonna immédiatement les fouilles à Wild Horse et partit vers les Kootenays, dans le coin d’Ainsworth. Il commença, avec un homme nommé Seaton, à faire de l’exploration minière.

1891 – Découverte de la mine Payne

«Tu dois me promettre de garder le silence sur ce que l’on vient de découvrir ici», insista Élie Carpentier auprès de son partenaire irlandais, le prospecteur Jack Seaton, le matin du 9 septembre 1891, quelques heures à peine après l’étonnante découverte de ce qui allait devenir le gisement plombo-argentifère le plus riche de l`histoire de la Colombie-Britannique. De retour à Ainsworth, leur point de départ, Jack Seaton se dirigea vers la taverne la plus proche et rompit le pacte de silence qu’il avait conclu avec Carpentier, pendant que ce dernier s’empressait d’aller faire évaluer le précieux minéral qu’ils avaient trouvé à 7000 pieds d’altitude sur la montagne Payne, quelques heures auparavant. L’analyse du minerai fut concluante: 175 onces d’argent par tonne et une teneur en plomb de 75%, ce qui constituait une découverte extrêmement prometteuse. Carpentier, ayant appris la trahison de Jack Seaton, vint trouver ce dernier au bar, en compagnie de ses compagnons de beuverie, et annonça à la cantonade que l’échantillon ne valait que 25 onces d’argent la tonne avec une teneur en plomb négligeable.

En moins de 24 heures, les évènements se bousculèrent. Carpentier forma secrètement une nouvelle alliance avec le comte Bielenberg, rencontré par hasard sur les lieux. Seaton, de son côté, informé de la fausse déclaration de son ancien partenaire, s’associa immédiatement avec quatre autres prospecteurs pour former le groupe qu’ils nommèrent Noble Five et partit à bride abattue, en direction du fabuleux gisement qu’ils atteignirent avant Carpentier et Bielenberg. En arrivant sur place, le Noble Five revendiqua 21 concessions minières, incluant le fameux gisement Payne, pour ainsi mettre fin définitivement aux espoirs de Carpentier et Bielenberg. De retour à Ainsworth, le groupe Noble Five annonça le résultat de son aventure, ce qui déclencha alors une véritable ruée vers la Vallée de Slocan, et qui mena à la fondation de la ville de Sandon devenue, depuis, un centre touristique et une ville fantôme.

Le fabuleux gisement plombo-argentifère Payne qui lui échappa, fut productif pendant plusieurs années. En 1909, par exemple, la mine fut vendue à un groupe d’hommes d’affaires de Montréal pour la somme de 2 500 000 $. En 1913, elle devint le gisement minier fournissant les dividendes les plus élevés de toute l’histoire minière de la Colombie-Britannique, soit 1 420 000 $. Après 1916, la production baissa sensiblement et, finalement en 1948, la célèbre mine fut achetée par le financier de la ville de Nelson, R.A. Grimes.

Élie Carpentier, un an après sa déconvenue, fit l’acquisition de terrains aux environs de l’endroit qui allait devenir plus tard la ville de Three Forks situé entre 3 criques au cœur de Silvery Slocan. La ville gagne rapidement en grosseur atteignant les 2000 habitants, mais cela ne durera pas. En 1904, elle compte 400 habitants et devint ainsi la deuxième plus grande communauté entre Kalso et New Denver. La petite ville était un carrefour naturel pour les mineurs et les constructeurs de chemin de fer. En 1892, Élie Carpentier, qui avait manqué de devenir riche dans le jalonnement de la Noble Five, établi un lotissement urbain et construit une halte sur l’étroit plateau entre les courants turbulents. C’était un lieu clé puisque les mineurs entreposaient le minerai pur au bas des montagnes et il devint le siège du chemin de fer Nakusp-Sandon jusqu’à Sandon et Cody. Les chevaux et les ouvriers en firent un lieu plein de ressources, ce qui mena à la construction de salons, de tripots et de restaurants. La ville était reconnue pour être une ville plaisante et divertissante. Si Carpentier fut malchanceux avec les concessions minières, il devint riche en tant que développeur de lotissements.

Malheureusement, l’incendie de 1894 détruisit la communauté, y compris les hôtels
Three Forks Carpenter, The Wellington et Pacifique. Rapidement quatre nouveaux hôtels sont apparus, ainsi que six magasins et une prison. Une fois le chemin de fer achevé, l’équipe de construction quitta les lieux, ce qui ralentit les entreprises. Finalement, Three Forks devint seulement un simple point de division. Peu à peu, Kaslo, New Denver et Sandon prirent de l’extension et Three Forks vit ses hôtels et ses magasins fermer. En 1918, le journaliste Lowery fit remarquer que l’ancien camp ressemblait à une ville fantôme.

Il mit également sur pied une compagnie de transport par chevaux (Pack train) pour relier New Denver aux concessions minières avoisinantes, et procéda en plus à la construction d’un hôtel qu’il nomma Three Forks Hotel. Au même endroit, Elie Carpentier découvrit le lac Slocan où il passa l’hiver en 1891. L’emplacement s’appella d’abord Eldorado, puis New Denver en 1892.

En 1897, tout le monde connaissait Carpentier comme explorateur et c’est pourquoi il en surprit plus d’un en traversant sur un fil de fer tendu entre les balcons du troisième étage des Hôtels Lakeview et Arlington, au cœur de la rue principale de Slocan. L’histoire veut qu’il ait voulu marquer l’arrivée du premier train à Slocan, ou encore certains disent qu’il le faisait pour gagner un pari. Peu importe sa motivation, il aurait alors installé sa corde qu’il avait précieusement gardée de ses nombreuses années au cirque de Barnum. Ensuite, il se serait mis en caleçon long d’époque en flanelle rouge, aidé seulement d’un vieux balai pour garder son équilibre. Malgré les 17 ans qui le séparait de sa dernière traversée, il avança lentement mais sûrement et retraversa à reculons, cette fois. Il fit aussi une traversée avec les yeux bandés. Finalement, il traversa avec un mini four et les gens l’applaudirent très fort lorsqu’à mi-chemin, il fit cuire des œufs et du bacon. Il voulut même faire traverser en brouette quelqu’un de la foule, mais personne n’accepta.

À Calgary, Élie, âgé de 75 ans, se brisa la jambe et après sa convalescence décida de retourner en Colombie-Britannique faire de l’exploration pour les mines. Malheureusement, en sortant du train à Kamloops, il glissa et se brisa de nouveau la jambe.

Elie semble avoir été attiré par le lac Shuswap et le quartier, disposé à prendre une ferme, où, comme il le dit, il pourrait passer ses vieux jours. Sa ferme à Annesley était bien boisée, il l’améliora, en coupant 50 000 pieds de bois. Il dut tracer une entrée longue de trois quarts d’un mile. Il fit également un canal, dans lequel se retrouvait une roue à eau pour sa scierie qu’il construit lui-même sans aucune aide à l’âge mémorable de 80 ans. Malheureusement, un autre moulin en pleine expansion où Élie vendait son bois ferma, et il dut affronter l’hiver avec peu d’argent et une grande déception.

Un jeune homme, Albert Brock, vivait à proximité et lui donna son poisson, sans quoi l’homme aurait souffert de la faim. Albert Brock ne fut pas le seul prêt à démontrer son amitié. Mme Jackson dit que ce fut enfin le moment pour aider leur ami et il fut bien entouré, face à ce défi de la vie. En 1916, son moulin commença à mal fonctionner forçant sur sa main blessée, l’obligeant à consulter un médecin. Il dû alors se rendre à Sicamous et à Salmon Arm.

Il trouva un poste comme gardien de nuit à l’usine McConnell où il se sentait indépendant, tout en ayant un peu d’argent. Il visita souvent Mme Jackson tout au long de l’hiver dans sa maison près d’Annis. La semaine avant sa mort, il avait prévu son retour dans son propre moulin, dès que le lac dégèlerait. Élie les a quittés le vendredi alors que Mme Jackson et son mari lui avaient rendu visite le dimanche précédent et l’avait trouvé plein d’espoir et de bonne humeur. Il était comme un petit garçon, débordant d’enthousiasme à l’idée de retourner à son moulin.

 

Le mercredi 23 janvier, il fut trouvé mort dans son lit, la tête sur son bras, comme s’il s’était assoupi. On l’emmena à Salmon Arm, où M. West, le pasteur de l’église anglicane, l’enterra le 26 janvier 1917.