Pionnier Joseph-Oliva Patenaude, Nelson

1871- Naissance et l’avant Nelson

Joseph-Oliva est né le 23 octobre 1871 à Iberville au Québec. Lors d’un voyage à Chicago, il se trouve un emploi pour repeindre un bâtiment. Après avoir rempli son contrat, il considère savoir amplement peindre et part pour l’Alaska. Il fait un arrêt à Spokane où il décidera de partir pour le Canada via le train Great Northern.

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Joseph Oliva Patenaude Crédit: Touchstone Museum

En 1897, il fera un arrêt à Nelson et, après y avoir vu le coucher du soleil, il décide de rester. Un choix qui l’amènera à ouvrir un bureau d’optométrie au 366 rue Baker à Nelson en Octobre 1897, à l’âge de 26 ans. Il fut l’un des rares à offrir des lunettes avec la technologie tri-focus. L’un des premiers diplômés du Canada dans cette discipline, il avait complété ses études à Chicago aux États-Unis.

Quelques années plus tard, à son bureau d’optométrie viendra se greffer un atelier de fabrication de bijoux, d’horlogerie et de réparation de montres. Ses moments de loisirs, qu’il occupait à développer d’autres habiletés, le rendirent polyvalent. Évidemment, tous ces services qu’il offrait requirent une main-d’œuvre plus importante. À une certaine époque, il aura à son emploi pas moins de 13 salariés à temps plein. Il fera un voyage en Europe d’où il rapportera du matériel rare pour ses boutiques et quelques œuvres d’art pour sa collection.

Il avait plus d’un tour dans son sac. En plus des bijoux, des montres et de l’optométrie, il travaillait aussi l’argent. Il créait des cuillères dont une créée en l’honneur de la ville avec plusieurs gravures représentant l’église et la fonderie. En 1909, il construisit et donna une plaque en bois revêtue d’argent comme trophée pour le championnat de vitesse de canotage sur le lac Kootenays.

La disparition des diamants

Joseph-Oliva Patenaude était un homme extrêmement généreux. En 1908, survint un évènement qui illustre cette générosité légendaire. L’anecdote nous est racontée par le révérend Père Althoff, alors curé de la paroisse catholique de Nelson. À cette époque, le curé avait fait savoir à ses ouailles son intention de se procurer un ostensoir qui serait fabriqué avec des métaux précieux provenant de la région. Il achèterait l’or et l’argent à la raffinerie de Trail, et il espérait qu’un généreux bienfaiteur lui ferait don, peut-être, de quelques diamants pour compléter la décoration. C’est sur ces entrefaites qu’un bon matin, passant devant la bijouterie Patenaude et y remarquant une activité inhabituelle, le curé Althoff partit se renseigner pour apprendre de monsieur Patenaude lui-même, qu’une cassette contenant des diamants avait disparu. Il avait, la veille, sorti les diamants de son coffre-fort pour les montrer à un client puis avait fermé boutique avant de retourner chez lui.

En proie à une forte émotion, le malheureux joaillier demanda au Père Athoff de célébrer une messe en l’honneur de saint Antoine de Padoue, patron des objets perdus, dans l’espoir de retrouver les diamants. Il avait aussi promis que, si les pierres précieuses étaient retrouvées, il ferait don de trois d’entre elles pour la décoration de l’ostensoir.

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Magnifique marionnette de Jospeh Oliva Patenaude, dévoilement au Touchstones Museum mars 2015

Un homme généreux

Le soir même de cette mésaventure, le bijoutier Patenaude, la mort dans l’âme, traversa le lac à bord de son canot en direction de son chalet d’été. En approchant du quai, il remarqua, flottant près de son hangar à bateau, un sac qu’il ramassa nonchalamment pour y découvrir, à sa grande surprise, les fameux diamants. Fidèle à son serment, l’heureux homme d’affaires s’empressa de respecter sa promesse en faisant don au curé Althoff des trois plus gros diamants de sa collection retrouvée. C’est pourquoi de nos jours, on peut encore admirer dans toute leur splendeur ces magnifiques joyaux ornant l’ostensoir de la Cathédrale de Nelson.

Le monde des affaires

En 1930, Monsieur Patenaude vendit sa bijoutterie au Nelsonien Ernest Collingwood, et 20 ans plus tard, il se délesta également de son bureau d’optométrie au profit du docteur D.T. Littlewood.

 J.O Patenaude fut propriétaire d’un théâtre à Penticton, mais pour des besoins d’argent, il le vendit en 1949. Il fut effectivement mêlé à une poursuite judiciaire très coûteuse. Il défendit M. French et R.W Diamond qui réclamaient les crédits de la découverte d’un processus de raffinage revendiqué par les ingénieurs de la compagnie Consolidated Mining and Smelting. Après plusieurs années, ils finirent par perdre leur cause bien que Joe Patenaude aurait souhaité continuer à se battre s’il l’avait eu les moyens.

Il s’intéressa aussi fortement au domaine minier. Il voulait promouvoir l’argent en argent plutôt qu’en papier pour favoriser l’économie locale. Il eut alors l’idée de se faire livrer mille des nouveaux 25 sous en argent qu’il fera étamper J.O.P. et qu’il distribuera via ses boutiques entre 1947 et 1949. Cette monnaie deviendra plus tard une pièce de collection après avoir piqué la curiosité de certains aux États-Unis.

Patenaude avait également un drôle de rêve qui ne sera jamais réalisé, celui de mettre une cloche en haut du Pulpit Rock.

Implication dans la communauté

Monsieur Patenaude siégea au sein du Conseil de la ville de Nelson en 1920 et fut un membre actif de la chambre de Commerce.

Au cours de sa longue vie, le pionnier canadien-français, qui s’exprimait toujours d’une voix très douce selon les souvenirs de ses contemporains, aura été l’un des principaux bienfaiteurs de la Cathédrale Marie l’Immaculée de Nelson ainsi que des écoles primaire et secondaire Saint-Joseph. Il participa activement aussi à la construction de l’hôpital du Mont Saint-François. L’université Notre-Dame de Nelson compta aussi parmi ses centres d’intérêt. Cette institution lui rendit un hommage bien particulier en 1961 en inaugurant à sa mémoire le Patenaude Hall qui, de nos, jours, fait partie du Tenth Street Campus du Collège Selkirk de Nelson.

Détail du visage de M. Patenaude avec Alex Pilon, patine.

Détail du visage de M. Patenaude avec Alex Pilon, patine.

Médaille pontificale

Au mois d’août 1947, le Pape Pie XII lui décerna la médaille Pro Ecclesia et Pontifice, pour services rendus au diocèse de Nelson.

Vie personnelle

Monsieur Patenaude demeura célibataire jusqu’à la fin de sa vie, ce qui ne l’empêcha pas d’accueillir chez lui et d’offrir une bonne éducation, en de nombreuses occasions, à plusieurs enfants abandonnés dont quatre orphelins de guerres durant le premier conflit mondial; d’où son surnom Uncle Pat.

Son décès survint à l’âge de 85 ans au Kootenay Lake General Hospital. Quatre neveux lui survécurent, tous de la région de Montréal, une nièce, Madame Dr. Millier d’Outremont, en banlieue de Montréal, et un cousin, L.H. Choquette de Nelson.

On conservera toujours à Nelson un souvenir chaleureux du généreux et dynamique homme d’affaire à la voix douce qui n’avait aucun ennemi, Joseph-Oliva Patenaude.

Sources:Le journal ‘The Prospector’ du Diocèse de Nelson, mai 1956. Nelson Museum, Shawn Lamb and Archives