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L’intégration d’Edmond Segbeaya: le secret est dans la sauce

Par Marie-Paule Berthiaume, avril 2022

Togolais d’origine, Edmond Segbeaya réside à Nelson depuis vingt ans. Après avoir passé dix années difficiles en tant que réfugié en Allemagne, il s’est finalement fait parrainer en 2001 au Canada, où il a entrepris de développer une recette ancestrale de sauce piquante qui fait rêver de l’Afrique. Sa particularité: elle est entièrement composée de produits britanno-colombiens.

Edmond Segbeaya a fondé sa compagnie en 2002 à Nelson sous le nom d’Awassi. En langue éwé, parlée en Afrique de l’Ouest où se situe le Togo, ce mot signifie «les gens qui fuient la persécution».

Au fil des ans, le fier entrepreneur a lancé une gamme de douze sauces piquantes de style ouest-africain qu’il a nommée Ebesse Zozo ou «piment fort» en éwé. Ses sauces goûteuses fabriquées à base de piments habanero et dont certaines sont exceptionnellement piquantes, ont été primées onze fois à l’international. Quatre d’entre elles sont d’ailleurs vendues exclusivement en personne en raison de la rareté des ingrédients qui les composent.

Crédit photo: Courtoisie (Edmond Segbeaya) Description: Edmond Segbaya en démonstration au Safeway de Nelson.

Une entreprise soutenue par la communauté

C’est par le fruit du hasard qu’Edmond Segbeaya a commencé à vendre sa sauce en vrac à Kootenay Co-op, à Nelson, alors qu’il étudiait en administration. Il a emprunté la recette à son arrière-grand-mère maternelle, qui a jardiné jusqu’à son décès, à l’âge vénérable de 104 ans.

De fil en aiguille, avec le soutien de la coopérative alimentaire et l’appui de sa communauté, Edmond Segbeaya a développé son marché dans la région des Kootenays.

«Quand je sortais de l’école, je faisais le tour de Nelson avec mes sauces : sur la rue principale, dans les cafés, dans les restaurants et même dans les boîtes de nuit! Les bars me donnaient une table en se disant que les gens boiraient plus. Je leur disais : “Ça va vous faire rêver de l’Afrique!” C’est comme ça que j’ai fait mon marketing.»

En 2004, l’entreprise a ensuite connu un sérieux coup de pouce lorsque son fondateur a reçu un coup de fil du défunt magazine new-yorkais Chile Pepper : «Ils m’ont invité à participer au Fiery Food Challenge, à Dallas, pour présenter mes sauces à la compétition» se remémore celui qui, à l’époque, n’avait pas l’argent pour s’embarquer dans une telle aventure.

Pour financer son expédition, l’entrepreneur a organisé une levée de fonds qu’il a popularisée via son émission à Kootenay Co-op Radio. «Nous avons eu une soirée fantastique! On a offert de la nourriture togolaise, j’avais des habits togolais avec lesquels on a présenté un défilé de mode. Il y avait un groupe de jazz africain togolais de Vancouver qui a joué toute la soirée. Il y avait une professeure de danse africaine qui nous a donné trente minutes de leçon. Il y a même une femme qui m’a payé les billets d’avion avec ses Airmiles», se souvient Edmond Segbeaya, reconnaissant.

Cet événement a été la bougie d’allumage pour démarrer son entreprise. Dans les années qui ont suivi, il a participé à de nombreuses foires alimentaires, surtout aux États-Unis.

Crédit photo: Courtoisie (Edmond Segbeaya) Description: L’arrière-grand-mère d’Edmond Segbeaya, Dansi, au prénom signifiant l’adepte du serpent.

Du Togo au Canada

Le Togo, toujours sous un régime dictatorial, est dirigé d’une main de fer par la famille Gnassingbé depuis 1963. En 1991, alors dans la jeune vingtaine, Edmond Segbeaya décide de fuir son pays. Il se réfugie en Allemagne pendant dix ans. C’est là que lui, son ex-femme et leur bambine rencontreront une expatriée canadienne qui avec l’aide de sept églises de Nelson faciliteront l’arrivée de la jeune famille au Canada. 

«En Allemagne, ç’a été dur, mais en venant au Canada, j’ai ressenti un vent de liberté», explique Edmond Segbeaya, pour qui retourner vivre au Togo n’est toujours pas «indiqué». «J’arrive à rentrer voir ma famille, et puis revenir. Mais si je veux faire du tapage, ils vont me prendre», rappelle celui qui s’est désormais remarié à une Togolaise ayant finalement pu immigrer au Canada avec leur deux fils de cinq et neuf ans, en 2021.